Qu’est-ce que l’anarcho-syndicalisme?

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Si ce texte vous intéresse, nous vous invitons à consultez cette introduction audio de la CNT-AIT (environ 30 minutes). Il y a aussi Un sabot dans la machine (environ 2h15min) qui consiste en une présentation audio de l’anarcho-syndicalisme par un militant de la Confédération Nationale du Travail (CNT-f, France).

Texte:

QU’EST-CE QUE l’ANARCHO-SYNDICALISME?

« Toute l’économie aux syndicats ! Toute l’administration sociale aux communes ! »
– Pierre Besnard dans  »Le Monde Nouveau » (1936)
Les origines historiques

L’anarcho-syndicalisme est né d’une pratique syndicale basée sur l’action directe remontant à la fin du 19e siècle incarnée dans l’aile anti-autoritaire de la première Association Internationale des Travailleurs (AIT). Après avoir été expulsée de l’AIT par Marx, cette tendance créa au côté de Bakounine la Fédération Jurassienne en Suisse, véritable internationale anti-autoritaire. Plus tard, du côté de la France, sous l’influence de Fernand Pelloutier, les anarchistes se mettent à s’impliquer dans le mouvement ouvrier via les Bourses du Travail et la Confédération Générale du Travail (CGT). À cette époque on ne parle pas d’anarcho-syndicalisme, mais de syndicalisme révolutionnaire. Ce courant regroupe tant les anarchistes que les marxistes.

Le terme  »anarcho-syndicalisme » même est par la suite apparu en Russie en 1907 dans les écrits de Novomirsky. Ce mot a été utilisé en 1922 en France comme insulte au sein du syndicat Confédération Générale du Travail Unitaire (CGT-U) par le bolchévique Lozovski afin de dénigrer la minorité qui ne désirait pas que ce syndicat adhère au Profintern, l’Internationale Syndicale Rouge (ISR) contrôlée par Moscou.

C’est en opposition à l’ISR qu’est créée en 1922 l’Association Internationale des Travailleurs (dite AIT anarcho-syndicaliste – voir logo ci-dessous). Dans ses documents fondateurs, il est question de syndicalisme révolutionnaire pour désigner leur mouvement. C’est seulement quand Pierre Besnard sera secrétaire de l’AIT que celle-ci commence à se réclamer d’anarcho-syndicaliste. Plusieurs organisations ou groupes se revendiquant de l’anarcho-syndicalisme se sont créés depuis cette époque, sans pour autant appartenir à l’AIT.

C’est quoi concrètement?

L’anarcho-syndicalisme c’est s’organiser en tant que classe sociale exploitée économiquement (le prolétariat) afin de lutter contre le capitalisme, l’état et les oppressions.

Il s’agit d’améliorer nos conditions d’existence au jour le jour dans une société dominée par le capitalisme et l’état. Une variété de tactiques ont été utilisées par la classe ouvrière et les opprimés afin d’améliorer leur sort à l’aide de l’action directe et de la solidarité. Par exemple, les grèves au travail, les grèves de loyers, les autoréductions de tarifs, le boycottage, etc.

Dans tous les cas, il n’est pas suffisant de se battre pour des gains immédiats en pratiquant un syndicalisme « neutre » ou « pur ». En effet, le syndicalisme politiquement  »neutre » (influencé par Samuel Gomper entre autres) tend à créer une bureaucratie syndicale d’officiers rémunérés qui agissent contre les intérêts des membres de la base. Ils tendent aussi à collaborer avec les patrons et le capitalisme. Il est donc nécessaire de joindre à l’organisation syndicale immédiate une finalité révolutionnaire. Cependant, même des organisations syndicalistes révolutionnaires anti-bureaucratiques tendent à garder la politique en dehors du syndicat (comme c’est le cas avec la charte d’Amiens par exemple). Les anarcho-syndicalistes se battent contre la bureaucratie syndicale, le réformisme et luttent aussi au jour le jour pour un projet de société révolutionnaire.

Un programme constructif

Les anarcho-syndicalistes revendiquent ouvertement une société sans capitalisme de libre marché ni de capitalisme géré par l’état (le soi-disant socialisme ou la social-démocratie). La production, la demande et la distribution de l’économie ainsi que l’administration sociale des choses seraient assurées tant par des fédérations de syndicats autogérant les milieux de travail que par des comités territoriaux autonomes, des communes libres. L’économie devient alors au service des besoins humains dans une véritable démocratie directe. L’anarcho-syndicalisme a donc comme fin le communisme libertaire.

Comme les moyens conditionnent la fin, il s’agit de s’organiser ici et maintenant en concordance avec la société que l’on désire voir naître demain: démocratie directe avec mandats impératifs, fédéralisme, entraide, internationalisme, etc. Dans le même sens, des pratiques autoritaires reproduisent une société hiérarchique et inégalitaire.

Aujourd’hui

Dans le passé, les organisations anarcho-syndicalistes pouvaient être influencées par différentes tendances allant du « finalisme révolutionnaire » d’un Emilio López Arango (FORA – Argentine) au réformisme libertaire d’un Evert Arvidsonn (SAC – Suède). Aujourd’hui encore, les organisations anarcho-syndicalistes sont variées et de différentes tendances. Au bout du compte, l’important c’est la pratique.

En plus de la lutte pour le maintien du salaire réel (relatif au pouvoir d’achat) viennent aujourd’hui s’ajouter des luttes qui touchent la classe ouvrière dans son ensemble : logement et quartiers, consommation, chômage, réduction du temps de travail sans perte de salaire, éducation, soins de santé, statut légal/migration, travail domestique, etc.

Dans le même sens, la classe ouvrière peut combattre les oppressions structurelles telles que le colonialisme, le sexisme, la destruction de l’environnement, l’oppression des LGBTQ+, le militarisme, le nationalisme, etc. Par exemple, prenons la catastrophe environnementale qui nous attend dans les prochaines cinquante années. On ne peut pas s’attendre simplement qu’avec la fin du capitalisme la situation changera. C’est en luttant aujourd’hui par l’action directe pour l’environnement que les travailleurs et les travailleuses portent les germes de la société future qui sera en mesure de restaurer les conditions de vie de notre planète. La pratique du  »Green unionism » est inspirante dans ce sens. Ce n’est effectivement pas de la théorie abstraite, car dans les années 1970, des ouvriers syndiqués australiens de la construction ont pratiqué le boycottage vert ( »Green bans ») en refusant de travailler dans des projets destructeurs pour l’environnement. Après un changement révolutionnaire, les anarcho-syndicalistes souhaitent poursuivre dans cette voie afin d’assurer que la production n’atteigne pas des niveaux insoutenables.

L’éducation populaire

Le Collectif d’éducation et de diffusion anarcho-syndicaliste (CEDAS) souhaite propager les idées et pratiques anarcho-syndicalistes le plus largement possible dans un esprit d’éducation populaire. Nous travaillons sur des projets de traduction, de recherche, d’étude, de rédaction, de diffusion de matériel physique et virtuel, de conférences, etc. Si ces idées vous intéressent, nous vous encourageons à vous abonner à notre blogue, à former vos groupes anarcho-syndicalistes autonomes ou à vous mettre en réseau avec nous afin que nous puissions générer collectivement des changements dans les pratiques et les théories révolutionnaires de notre classe.

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